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Le dieu Min
Image divine, pouvoir et souveraineté en Haute-Égypte
Une divinité très ancienne
Le dieu Min est l’une des figures les plus anciennes du panthéon égyptien. Son culte est attesté dès les périodes prédynastiques et se développe tout au long de l’histoire pharaonique.
Il est traditionnellement associé :
- à la fertilité et à la régénération ;
- à la puissance masculine ;
- aux récoltes ;
- aux territoires du désert Oriental.
Min est particulièrement honoré à Coptos et à Akhmîm, deux centres majeurs de Haute-Égypte.
Cependant, réduire Min à ces seules dimensions génératrice et expéditionnaire revient à en proposer une lecture partielle. Les sources du Moyen Empire montrent que son rôle dépasse largement cette caractérisation traditionnelle.
Une iconographie immédiatement reconnaissable
Min est figuré sous une forme anthropomorphe ithyphallique, le bras levé tenant un fléau.
Cette image, stable et codifiée, traverse les siècles. Elle ne se limite pas à une évocation de fertilité : elle constitue aussi une mise en scène de la puissance, de la maîtrise et de la victoire.
À différentes périodes, Min est intégré à des recompositions théologiques qui donnent naissance à des formes composites telles qu’Amon-Min ou Min-Horus-nakht. Ces associations ne relèvent pas d’une simple juxtaposition divine : elles traduisent des reconfigurations cultuelles et politiques.
L’épithète de « puissant des dieux » renvoie ainsi à une conception active et structurante de la puissance divine, capable de soutenir l’autorité monarchique.
Mon travail sur le dieu Min
Relire une figure divine
J’ai consacré ma recherche doctorale au dieu Min de la Première Période intermédiaire à la fin de la Deuxième Période intermédiaire.
Ma thèse, intitulée :
« Min, le “puissant des dieux”. Le dieu Min, de la Première Période intermédiaire à la fin de la Deuxième Période intermédiaire : réinterprétation d’une image divine au service du pouvoir »
(direction : Pierre Tallet, soutenance 2017), propose une relecture du dieu à partir d’un corpus élargi : stèles abydéniennes, hymnes, inscriptions rupestres, programmes monumentaux et titulatures royales.
L’objectif était de comprendre comment une image divine apparemment stable peut être investie de significations politiques renouvelées.
Abydos et l’émergence de Min-Horus-nakht
À partir de la XIIe dynastie, le culte de Min connaît un développement notable à Abydos, au cœur du domaine osirien.
C’est dans ce contexte qu’apparaît la forme théonymique Min-Horus-nakht, « Min, l’Horus victorieux ». Cette transformation ne relève pas d’un simple syncrétisme. Elle inscrit Min dans une logique dynastique : héritier d’Osiris, il devient garant de la transmission du pouvoir.
Les hymnes et les stèles du Moyen Empire mettent en avant des formules qui évoquent :
- la victoire sur les adversaires ;
- la restauration de la cour ;
- la défense de l’héritage paternel ;
- la maîtrise de la souveraineté.
Il est significatif que ces textes ne développent pas la dimension génératrice traditionnellement associée au dieu. L’accent porte sur la victoire, l’autorité et la légitimité.
Image, pouvoir et construction monarchique
Au Moyen Empire et durant la Deuxième Période intermédiaire, Min apparaît comme une divinité étroitement liée à l’idéologie royale.
Certaines scènes montrent une assimilation profonde entre image divine et figure monarchique : le souverain adopte l’iconographie du dieu ithyphallique et reçoit les regalia des autres divinités. Cette osmose graphique souligne la dimension monarchique de Min.
Le dieu devient :
- garant de la continuité dynastique ;
- protecteur de l’élite administrative et militaire ;
- figure victorieuse inscrite dans le discours politique.
Min ne disparaît pas comme divinité de fertilité ; mais dans les sources du Moyen Empire, cette dimension cède la place à une définition explicitement monarchique et guerrière.
Étudier Min implique donc de restituer à l’image divine sa capacité à structurer le discours du pouvoir.
Une recherche transversale
Les recherches consacrées au dieu Min irriguent également mes travaux sur les espaces désertiques, notamment au Ouadi Hammamat.
Dans ces contextes expéditionnaires, Min apparaît comme une divinité protectrice des entreprises royales, mais aussi comme une figure territoriale associée à la souveraineté exercée sur les marges.
Le Ouadi Hammamat constitue à cet égard un terrain d’observation privilégié. Les inscriptions expéditionnaires montrent que Min y intervient comme garant de la légitimité des missions royales et de l’exercice du pouvoir dans les espaces désertiques. Le territoire n’est pas un simple cadre géographique : il devient un support actif du discours monarchique.
L’analyse iconographique rejoint ici l’étude des espaces et des pratiques.
Méthodologie
Mon approche repose sur une lecture croisée des textes, des images et de leurs contextes.
Elle combine :
- analyse philologique ;
- étude paléographique et épigraphique ;
- examen des programmes iconographiques ;
- contextualisation historique et cultuelle.
Il ne s’agit pas seulement d’identifier des représentations, mais de comprendre comment celles-ci produisent du sens et participent à l’architecture du pouvoir.
Publications liées au dieu Min
Ouvrage
• Olette-Pelletier, Jean-Guillaume,
Min, l’Horus victorieux. Le dieu Min au Moyen Empire, CENiM 33, Montpellier, 2023.
Publié par
CENiM – Éditions ENiM
,
version en ligne disponible sur
Academia
.
Thèse
• Olette-Pelletier, Jean-Guillaume,
Min, le “puissant des dieux”. Le dieu Min, de la Première Période intermédiaire à la fin de la Deuxième Période intermédiaire : réinterprétation d’une image divine au service du pouvoir
,
Thèse de doctorat en égyptologie, Sorbonne Université (Paris IV), 2017.
Consultable via
theses.fr
et en ligne sur
Academia
.
Articles
• Olette-Pelletier, Jean-Guillaume,
« Une force divine fulgurante. Sur le sens et la lecture du signe théonyme Min (R22 / R23) »,
Égypte Nilotique et Méditerranéenne (ENiM)
,
no 15, 2022, p. 35-49.
• Olette-Pelletier, Jean-Guillaume,
« Deux singulières amulettes du dieu Min : Analyse identitaire de deux artefacts cultuels liés à Abydos »,
étude disponible en ligne sur
Academia
.
• Olette-Pelletier, Jean-Guillaume,
« Le dieu Min “protecteur de la lune” : aspects et rôles lunaires du dieu de la fertilité »,
Égypte, Afrique & Orient, supplément au no 72, 2014, p. 9-16.
Version en ligne disponible sur
Academia
.
• Olette-Pelletier, Jean-Guillaume,
« Sokar et la sehenet de Min : une association inhabituelle en contexte funéraire »,
Göttinger Miszellen, no 238, 2013, p. 91-98.
Version en ligne disponible sur
Academia
.
• Olette-Pelletier, Jean-Guillaume,
« Min, dieu monarchique, dieu de l’élite : vers une redéfinition du dieu Min au Moyen Empire »,
communication présentée au colloque AEPOA (UQAM), 23 avril 2016.
Programme consultable
ici
.
Chapitre de catalogue d’exposition
• Olette-Pelletier, Jean-Guillaume,
« Min and the other Egyptian gods »,
in Akhmîm. Egypt's Forgotten City,
catalogue d’exposition, Staatliche Museen zu Berlin, 2021, p. 68–73.
Version consultable sur
Academia
.
Ce chapitre analyse les interactions et les mutations du culte de Min avec les autres divinités égyptiennes, en particulier dans le contexte cultuel d’Akhmîm.
Conférences & interventions publiques
- • « Le dieu Min : force et fertilité dans la religion égyptienne » (2014)
- • « Min-Horus-nakht : réappropriation d’une image divine au service de la puissance pharaonique », séminaire ANTHEIA, Sorbonne, 2015.
- • « Min, maître des déserts… », conférence donnée à l’Association Papyrus, Palais des Beaux-Arts de Lille, 27 février 2016.