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Ramsès & l’Or des Pharaons

Nommer pour exister.
Montrer pour régner.
Graver pour ne pas disparaître.

Ramsès & l’Or des Pharaons — vue d’ensemble

Au printemps 2023, la Grande Halle de la Villette n’a pas seulement accueilli une exposition. Elle a ouvert un face-à-face avec l’éternité.

Exposition présentée à la Grande Halle de la Villette
7 avril – 6 septembre 2023

Consacrée à Ramsès II, figure majeure de la XIXᵉ dynastie, l’exposition revenait sur un règne d’une longévité exceptionnelle — soixante-six années, de 1279 à 1213 avant notre ère — mais aussi sur une existence qui, selon les estimations, dépassa les quatre-vingt-dix ans Son règne, exceptionnellement long — soixante-six années — s’accompagna d’une descendance nombreuse, participant à l’affirmation dynastique autant qu’à la stabilité du pouvoir.

Le 1er avril 2023, j’ai eu le plaisir de présenter en direct sur France Inter, aux côtés de Dominique Farout et de Bénédicte Lhoyer, les pièces majeures de cette exposition et le règne de Ramsès II. L’échange a également laissé place à quelques anecdotes.

France Inter — Soirée spéciale Culture (1er avril 2023) : écouter

Présentation vidéo de l’exposition : voir

Une pièce majeure de l’exposition

L’exposition réunissait 180 artefacts prêtés par l’Égypte, ensemble d’une ampleur exceptionnelle, parmi lesquels figurait le cercueil de Ramsès II. Présenté à Paris pour la première fois depuis près de quarante-cinq ans, ce prêt constituait l’un des moments forts de l’événement.

Ce geste prenait une résonance particulière.

Dans les années 1960, le temple d’Abou Simbel, menacé par la montée des eaux du futur lac Nasser, fut démonté et déplacé bloc par bloc lors d’une campagne internationale sans précédent. Plus tard, en 1976, la momie du souverain fut transférée en France pour y être traitée, dans le cadre d’une coopération scientifique majeure entre la France et l’Égypte, à laquelle fut étroitement associée Christiane Desroches Noblecourt.

Le corps fut sauvé.
Le temple fut sauvé.
En 2023, c’est le cercueil qui revenait à Paris.

La momie demeure aujourd’hui en Égypte — la législation interdisant la sortie des restes royaux — mais ce retour réactivait une mémoire scientifique et patrimoniale partagée entre les deux pays.

Détail d’un artefact ou d’une vitrine

Le vernissage s’est tenu le 6 avril 2023 en présence de Ahmed Issa, Ministre égyptien du Tourisme et des Antiquités, de Mostafa Waziri, Secrétaire général du Conseil Suprême des Antiquités, de Alaa Youssef, Ambassadeur d’Égypte en France, ainsi que de Zahi Hawass, archéologue égyptien et ancien ministre des Antiquités.

Le commissariat scientifique était assuré par Dominique Farout, égyptologue et professeur à l’École du Louvre, avec Bénédicte Lhoyer, égyptologue et professeure à l’École du Louvre, en qualité de conseillère scientifique.

À l’occasion de cette exposition, j’ai conduit une visite guidée pour les membres de l’Association française des amis de l’Orient. J’ai également proposé une vidéo de présentation revenant sur l’ensemble du parcours, en mettant en lumière plusieurs œuvres emblématiques, parmi lesquelles la statue de la reine Touya, celle de Mérenptah, le cercueil de Sennedjem et le masque funéraire en or du pharaon de Tanis Amenemope, le somptueux sarcophage de Sheshonq III.

Cartouches et inscriptions royales

Mais au-delà des interventions et des objets, ce que révèle cette exposition, c’est une mécanique du pouvoir. Ramsès II n’a pas seulement gouverné. Il a inscrit son nom.

Sa titulature — Ousermaâtrê Setepenrê Ramessou Meryamon — déploie une identité royale fondée sur la vérité cosmique, la filiation solaire et l’élection divine. Dans la pensée égyptienne, le nom n’est pas une désignation : il conditionne la survie. Le multiplier, le graver, le regraver, c’est organiser sa permanence. Composée de cinq noms, la titulature royale multiplie les ancrages symboliques et théologiques du souverain.

Certaines œuvres exposées en témoignaient : statues antérieures reprises, visages retouchés, cartouches ajoutés. L’usurpation monumentale n’est pas seulement un geste politique. Elle est une stratégie de mémoire.

La bataille de Qadesh éclaire une autre facette du pouvoir ramesside. Confronté au royaume hittite, Ramsès II ne remporte pas de victoire décisive ; l’affrontement se conclut sans vainqueur véritable.

Mais l’enjeu n’est pas seulement militaire. Ce qui s’est joué sur le champ de bataille se transforme, sur les parois des temples, en démonstration de souveraineté. Le roi y apparaît seul face à l’ennemi, soutenu par les dieux, invincible par définition. L’image corrige l’événement. La pierre remplace le témoignage. Il s’agit d’une véritable entreprise de propagande royale, où la répétition monumentale impose une version officielle des faits. Les reliefs de Louxor, du Ramesseum et d’Abou Simbel en répètent inlassablement la scène.

Relief monumental évoquant Qadesh ou un programme décoratif

Les campagnes suivantes conduisirent finalement à un accord diplomatique durable entre l’Égypte et le monde hittite, souvent présenté comme le plus ancien traité de paix conservé. Ainsi, un affrontement indécis devient à la fois modèle héroïque et fondement d’une stabilité politique.

L’exposition montrait aussi le souverain bâtisseur, il s’inscrit, lui aussi, dans cette logique d’éternité.

À Abou Simbel, frontière monumentale tournée vers le sud, la lumière pénètre deux fois par an jusqu’au fond du sanctuaire, venant frapper les statues divines et celle du roi. Le pouvoir ne se contente plus d’être gravé dans la pierre : il s’aligne sur le cycle cosmique.

Au Ramesseum, temple des « millions d’années », Ramsès apparaît sous forme osirienne, déjà projeté dans l’au-delà. Les plafonds y déploient une cartographie céleste : décans, étoiles, ordre du ciel. Le règne s’inscrit dans l’architecture du temps.

Puis vient l’or.

Dans les textes funéraires, l’or est associé à la chair des dieux, tandis que leurs os sont dits d’argent. Masques, pectoraux, parures ne relèvent pas du luxe, mais d’une transformation ontologique du corps royal.

L’or ne brille pas seulement : il transfigure.

Même lorsque la tombe KV7 fut endommagée, même lorsque la dépouille fut déplacée vers la cachette de Deir el-Bahari pour la protéger des pillages, l’essentiel demeurait intact : le nom.

Inscrit. Reconnu. Prononcé.

Trois millénaires plus tard, nous le lisons encore. Nous le prononçons encore. Pour les anciens Égyptiens, un nom prononcé ne meurt pas.

Ramsès II a donc réussi l’essentiel : il traverse encore l’éternité.

Il a nommé.
Il a montré.
Il a gravé.